Le chien de Giacometti
ArtSilhouette de bronze de 1951 réduite à l’essentiel, comme si on avait gardé juste ce qu’il faut pour que la solitude tienne encore debout.
Ce que j'aime et ce que j'aime pas.
Les goûts ne se discutent pas — mais ils en disent long sur celui qui les porte.
Silhouette de bronze de 1951 réduite à l’essentiel, comme si on avait gardé juste ce qu’il faut pour que la solitude tienne encore debout.
Serré, sucré : c’est mon bouton « ON » du matin, et parfois le seul geste qui me fait encore croire que la journée reste récupérable.
Infusion sud-africaine sans théine, goût boisé et rond ; je le garde pour les soirs où je veux un peu de chaleur sans sacrifier mon sommeil.
Marque de thés et boissons instantanées née en 1992 ; j’aime ce côté assumé « quelques secondes pour une tasse qui a quand même quelque chose à dire ».
Soda emblématique à la formule immuable ; je sais exactement à quel point c’est sucré, et pourtant je continue d’y revenir comme à un vieux réflexe d’adolescent.
Rhum agricole, fruits et épices qui patientent ensemble des semaines ; chaque bouteille est une expérience, et j’aime autant les réussites que les essais trop audacieux.
Citron, eau, sucre, rien de plus ; quand elle est bien faite, j’ai l’impression de boire l’idée même de fraîcheur, débarrassée de tout artifice.
Glacé, épais, très sucré, avec la vanille en premier choix ; c’est la boisson que je prends quand je décide d’ignorer complètement la notion de « raisonnable ».
Lentilles qui mijotent jusqu’à devenir presque velours, épices en strates ; c’est mon plat de confort, celui que je peux manger seul sans me sentir seul.
Bouillon concentré, nouilles qui n’en finissent pas, garniture selon l’humeur ; je peux passer le repas à décoder ce qu’il y a dans le bol, et ça me va très bien.
Version dense, new-yorkaise, base biscuitée compacte ; je me méfie des cheesecakes trop légers, comme si on m’avait promis quelque chose et qu’on l’avait dilué.
Tarte américaine saturée de noix de pécan caramélisées ; j’y vais en sachant que ce sera trop, et c’est précisément pour ça que j’en prends une part.
Chair souple, goût discret qui porte les autres ; dès qu’un plat laisse un peu d’espace, j’ai envie d’en glisser comme si ça complétait une phrase inachevée.
Acidité nette, parfum court mais intense, fragilité permanente ; quand elles sont là, je n’ai plus aucun argument sérieux pour défendre la fraise.
D’abord le goût, ensuite la chaleur ; j’aime cette demi-seconde de retard où le plat bascule, comme si quelqu’un montait doucement le volume.
Fruit simple, presque banal, mais parfait quand il est bien sucré ; les pépins, pour moi, c’est une clause abusive du contrat.
Caramel qui colle aux dents, blague pliée dans le papier ; à chaque fois, j’ai l’impression de retrouver une cour de récré qui n’existe plus.
Toujours sucré, jamais salé pour moi ; j’aime ce moment où l’odeur envahit la pièce avant même la première poignée, comme une bande-annonce en version olfactive.
Pays d’Asie du Sud-Est où les traditions tiennent tête au mouvement permanent ; c’est aussi le pays de naissance de mon fils, donc un lieu qui ne sera plus jamais, pour moi, une simple destination sur une carte.
Chaises métalliques raides, gravier qui fatigue, flux continu de touristes ; je n’y trouve plus de refuge, seulement un décor qui joue à être un jardin.
Son qui écrase, écran qui déborde, voisins collés, téléphones qui s’allument ; j’ai l’impression d’y perdre le film à cause de tout ce qui entoure le film.
Humidité qui traverse les couches comme si elles n’étaient pas là ; au bout de quelques minutes, ce n’est plus la météo qui me pèse, c’est le découragement.
Quel que soit le lieu, on transforme les gens en ligne droite silencieuse ; je vois le temps s’y dissoudre sans qu’on ose vraiment dire qu’on le gaspille.
Appel qui tombe toujours au mauvais moment pour me vendre ce que je n’ai jamais demandé ; j’ai à chaque fois la sensation qu’on a prélevé un morceau de ma disponibilité sans mon accord.
Signal sonore balancé à la place d’une pensée ; rien ne s’accélère, sauf mon agacement et le niveau de tension autour.
Odeur lourde de carton mouillé, de déchets et de poissonnerie en fond ; c’est la coulisse brute de la ville, qui me coupe net toute envie de croire à la version lisse des rayons.
On se connecte, on dit bonjour, on partage un écran, quarante minutes plus tard personne ne sait ce qu’on a décidé ; et quand trois sujets s’y emmêlent, c’est quarante minutes qui se sont évaporées pour rien.