Le chien de Giacometti
ArtSilhouette de bronze de 1951 réduite à l'essentiel, comme si on avait gardé juste ce qu'il faut pour que la solitude tienne encore debout.
Ce que j'aime, ce que j'aime pas, ce dont j'ai peur.
Les goûts ne se discutent pas - mais ils en disent long sur celui qui les porte.
Silhouette de bronze de 1951 réduite à l'essentiel, comme si on avait gardé juste ce qu'il faut pour que la solitude tienne encore debout.
Serré, sucré : c'est mon bouton « ON » du matin, et parfois le seul geste qui me fait encore croire que la journée reste récupérable.
Je l'aime surtout le soir : chaud, rond, un peu boisé, avec ce luxe assez rare d'une boisson réconfortante qui ne vient pas me rappeler qu'il faudrait bientôt dormir.
Des thés et boissons instantanées qui ont quelque chose d'assumé et de désuet à la fois ; j'aime ce petit plaisir sans cérémonie, prêt en quelques secondes.
Je sais exactement que c'est trop sucré. Ça ne change rien : dès que j'en bois, je retrouve immédiatement le goût que j'attendais.
Des fruits, des épices, du rhum et surtout du temps. J'aime le moment où l'on ouvre enfin la bouteille pour découvrir si l'idée était bonne ou complètement ratée.
Citron, eau, sucre, bulles : quand elle est bien faite, il n'y a rien à ajouter. C'est probablement l'une des formes les plus simples de fraîcheur que je connaisse.
Glacé, épais, très sucré, avec la vanille en premier choix. C'est le genre de boisson que je commande précisément parce qu'il n'y a aucune raison sérieuse de le faire.
Une armure cabossée, un jetpack et presque aucun mot. Il suffit qu'il apparaisse pour que la scène gagne immédiatement quelque chose, même quand il ne fait presque rien.
Lentilles qui mijotent jusqu'à devenir velours, épices en strates ; c'est mon plat de confort, celui que je peux manger seul sans me sentir seul.
Plateau, raclette, gratin ou simple tartine : je ne cherche pas le meilleur fromage, seulement celui qui donne envie d'en reprendre une deuxième fois.
Un bouillon profond, des nouilles, une garniture qui change tout : j'aime qu'un bol de ramen puisse rester intéressant jusqu'à la dernière cuillerée.
Dense, new-yorkais, avec une vraie base biscuitée. Je préfère largement le cheesecake qui assume son poids à celui qui cherche à devenir une mousse légère.
La spirale parfaite, la texture entre mousse et glace, puis le premier coup de langue qui commence déjà à la faire disparaître. Tout l'intérêt est là : elle ne dure pas.
Tarte américaine aux noix de pécan caramélisées, riche jusqu'à l'excès. Je sais avant même la première bouchée que ce sera trop, et c'est exactement pour ça que j'en prends.
Doux, crémeux, presque discret : l'avocat a cette qualité rare de pouvoir améliorer un plat sans chercher à lui voler la vedette.
Acidité nette, parfum court mais intense, fragilité permanente ; quand elles sont là, la fraise n'a plus aucun argument sérieux.
D'abord le goût, ensuite la chaleur ; j'aime cette demi-seconde de retard où le plat bascule vers une autre intensité.
Quand il est bien sucré, le raisin n'a besoin de rien d'autre. Les pépins, en revanche, sont pour moi une clause abusive du contrat.
Le caramel colle aux dents, le papier cache une blague et, pendant quelques secondes, tout ramène à une cour de récré qui n'existe plus.
Bocal ambré, gelée tremblante et translucide : j'aime regarder cette matière qui semble toujours hésiter entre tenir debout et s'effondrer.
Toujours sucré. Et surtout cette odeur qui arrive avant le popcorn lui-même, comme si le plaisir commençait plusieurs minutes avant de manger.
Je lance un match sans avoir besoin d'une vraie raison. Quelques minutes suffisent pour retrouver un rythme familier : jouer, recommencer, changer le résultat.
Los Santos est une ville fictive dans laquelle je peux simplement me promener, conduire, regarder ce qui se passe. Je l'arpente depuis la fin des années 90, même si la ville a changé de nom.
Deux créatures roses, des lèvres impossibles et ce rythme qui répète presque rien tout en restant immédiatement reconnaissable. C'est absurde, et c'est précisément ce qui le rend génial.
J'aime la France pour ses contradictions : magnifique à certains endroits, pesante à d'autres, souvent compliquée, presque toujours capable de finir autour d'une bonne table.
Le pays où mon fils est né. Depuis, le Vietnam n'est plus seulement un pays que je regarde sur une carte : il fait partie de mon histoire, même quand je n'y suis pas.
Eau brûlante, buée sur la vitre, quelques minutes sans rien faire. Il y a quelque chose de profondément satisfaisant à n'avoir, pendant un instant, rien d'autre à gérer.
En terrasse ou sur un banc ; j'observe ceux qui observent, et ce décalage silencieux me divertit plus que n'importe quel écran.
Un endroit où l'on peut rester sans avoir à consommer, répondre ou justifier sa présence. J'aime cette liberté discrète de pouvoir simplement être là.
Commencer par la première piste et ne rien choisir jusqu'à la dernière. J'aime découvrir l'album comme son auteur l'a construit, avec ses temps faibles, ses respirations et les morceaux qui finissent par prendre leur place.
Je n'y trouve que de l'âpreté et un arrière-goût qui s'installe comme un invité qui ne comprend pas qu'il est temps de partir.
Des chaises métalliques raides, du gravier et une impression de confort soigneusement oubliée. Je préfère un vrai banc quelconque à ce décor qui semble avoir été conçu pour qu'on n'y reste pas.
Sable disputé au centimètre, serviettes qui se touchent, conversations qu'on n'a pas choisies : dès qu'il faut négocier chaque mètre carré, la plage cesse d'être une plage.
Trop de monde, trop de son, trop peu d'espace entre les fauteuils. Je viens voir un film et finis parfois par remarquer davantage la salle que ce qui se passe à l'écran.
Ce n'est pas seulement la pluie : c'est le froid qui s'y ajoute, s'infiltre dans les vêtements et transforme une simple sortie en quelque chose dont j'ai rapidement envie de rentrer.
Je préfère écouter un album comme un ensemble. Un best of rassemble les morceaux que l'on connaît déjà, mais enlève souvent ce qui me plaît le plus : le chemin qui les relie.
Fumée épaisse qui imprègne les tissus des heures durant ; là où d'autres sentent du raffinement, je ne perçois qu'une puanteur tenace.
Elle apparaît partout, souvent au moment précis où je voulais regarder ou lire autre chose. Ce qui m'agace le plus n'est pas qu'elle existe, mais qu'elle réclame mon attention sans me la demander.
Un numéro inconnu, une voix qui entre dans la journée sans y avoir été invitée et quelques minutes qu'il faut ensuite récupérer. Le problème n'est même pas le produit : c'est l'intrusion.
Un coup de klaxon donné parce que quelqu'un s'impatiente, sans que cela fasse avancer quoi que ce soit. Un bruit inutile qui ajoute simplement de la tension à une situation déjà tendue.
Attendre derrière des inconnus, avancer de quelques centimètres, recommencer. Je supporte mal cette sensation très concrète de voir du temps disparaître sans rien obtenir en échange.
Le petit obstacle qui surgit avant même qu'on puisse lire ce qu'on était venu chercher. Et parfois cinq clics pour expliquer qu'on ne veut rien partager.
Carton mouillé, déchets, odeur de poisson : quelques mètres derrière les rayons, la ville montre une autre réalité. C'est précisément cette coulisse-là que je n'ai aucune envie de respirer.
Le sujet commence clairement, puis chacun ajoute son détour, une idée en appelle une autre et la décision disparaît. Au bout de quarante minutes, on a parlé de tout sauf de ce qu'il fallait décider.
Je n'y trouve plus le sentiment de choisir, mais celui de devoir retenir l'option qui me déplaît le moins. Ce décalage entre l'acte et ce qu'il est censé représenter me laisse surtout avec de la résignation.
Le bourdonnement dans le noir juste après avoir éteint la lumière ; une guerre d'usure que je perds toujours, une piqûre après l'autre.
Le garrot, l'aiguille, et ce moment où il faut regarder ailleurs. Rien de dramatique, mais mon corps semble toujours considérer l'opération comme une très mauvaise idée.
Le moment où l'eau chaude disparaît sans prévenir. Le confort bascule en quelques secondes et, le matin, je considère cette rupture comme une agression personnelle.
À plusieurs, ils avancent côte à côte en occupant toute la largeur du trottoir. Derrière eux, il faut attendre ou trouver un passage comme si on essayait de doubler un peloton.
Je n'ai aucune envie de connaître une conversation qui ne me concerne pas. Quand toute la rame l'entend, ce qui devait rester privé devient soudain le problème de tout le monde.
Un objet qui me donne immédiatement l'impression d'un autre temps. Je sais qu'elles sont pratiques, mais dès que j'en vois une, j'ai l'impression que la cuisine vient de faire un bond en arrière.
Une conversation privée transformée en spectacle sonore pour tous ceux qui se trouvent autour. Je ne vois aucune raison pour laquelle les inconnus présents devraient connaître les deux côtés de l'échange.
On la déplie pour chercher une information et elle devient aussitôt une feuille gigantesque. Après, il faut lutter pour retrouver le pli d'origine, comme si le médicament était livré avec un petit problème de géométrie.
À zéro pour cent, un objet qui sert à tout devient soudain inutile. Plus de téléphone, plus de repère immédiat, plus de possibilité de joindre quelqu'un : une petite panne qui donne rapidement l'impression d'être coupé du monde.
Un homme qui boit jusqu'au bout, filmé sans porte de sortie. Ce qui me fait peur n'est pas seulement sa chute, mais l'idée de regarder quelqu'un continuer alors qu'il n'y a plus de retour possible.
Le bruit de la fraise avant même qu'elle touche ; la salle d'attente où chaque minute étire l'appréhension, et l'idée que ça va forcément tirer quelque part.
Le point immobile dans un coin qui, soudain, file trop vite ; je sais que la plupart sont inoffensives, mon corps refuse de l'entendre. Si bien que je ne peux pas illustrer cette phobie.
Ce qui me fait peur, ce n'est pas seulement d'oublier. C'est de ne plus reconnaître progressivement les personnes, les lieux et les souvenirs qui donnent une continuité à une vie.
Le vertige de regarder sa vie en arrière et de se demander à quel moment une autre décision aurait pu tout changer. Pas forcément le regret d'un choix précis : plutôt la peur de ne jamais savoir ce qu'il y avait sur l'autre chemin.
Ne plus pouvoir faire seul les choses les plus simples et devoir attendre quelqu'un pour les accomplir. Ce qui m'effraie surtout, c'est de ne plus être maître de mon propre quotidien.
Quand le téléphone sonne à une heure où personne n'appelle normalement, la première pensée n'est jamais anodine. Avant même de décrocher, on imagine déjà quelle mauvaise nouvelle peut se trouver au bout du fil.
Une violence qui peut surgir sans prévenir et dégénérer en quelques secondes. Je n'ai aucune envie de savoir comment ça va finir : dès que les coups commencent, je cherche surtout à m'éloigner.
Des dizaines de personnes qui avancent dans la même direction et dont on ne maîtrise plus le mouvement. Ce qui me fait peur, c'est de ne plus pouvoir choisir où aller ni simplement sortir de la situation.